{"id":164,"date":"2025-05-01T09:24:06","date_gmt":"2025-05-01T07:24:06","guid":{"rendered":"https:\/\/sunalizo.fr\/?p=164"},"modified":"2025-05-01T09:50:45","modified_gmt":"2025-05-01T07:50:45","slug":"la-terre-profanee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sunalizo.fr\/?p=164","title":{"rendered":"La Terre profan\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>1&nbsp; Une guerre qui d\u00e9passe les fronti\u00e8res<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le conflit en cours \u00e0 Gaza r\u00e9v\u00e8le une v\u00e9rit\u00e9 brutale : la guerre moderne n\u2019a plus de fronti\u00e8res. Elle exc\u00e8de le champ de bataille. Elle franchit les murs, infiltre les corps, dissout les \u00e9quilibres. Elle empoisonne l\u2019air, corrompt les sols, fracture les esprits. Ce ne sont plus seulement des ennemis qu\u2019on abat. C\u2019est le vivant qu\u2019on expose \u00e0 la ruine.<\/p>\n\n\n\n<p>Frapper un adversaire, aujourd\u2019hui, c\u2019est percer son propre habitat. Ce qu\u2019on croit ext\u00e9rieur revient. Non comme symbole, mais comme effet r\u00e9el : r\u00e9sidus toxiques, poussi\u00e8res de guerre, ondes de peur et de haine. Os\u00e9e l\u2019annon\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 : <em>\u00ab Puisqu\u2019ils ont sem\u00e9 le vent, ils moissonneront la temp\u00eate \u00bb (Os 8.7)<\/em>. Et \u00c9sa\u00efe ne visait pas l\u2019ennemi lointain, mais son propre peuple : <em>\u00ab Vos mains sont pleines de sang \u00bb (Es 1.15).<\/em> Porter la violence au-dehors, c\u2019est contaminer ce qu\u2019on est en dedans.<\/p>\n\n\n\n<p>Une frappe ne laisse pas seulement des ruines visibles. Elle pulv\u00e9rise la mati\u00e8re, d\u00e9structure les corps, lib\u00e8re des particules qui ne disparaissent pas. Substances canc\u00e9rig\u00e8nes, m\u00e9taux lourds, poussi\u00e8res biologiques invisibles. Ce sont les traces persistantes d\u2019une guerre sans fin. Ce que la science appelle polluants, les proph\u00e8tes l\u2019appelaient d\u00e9j\u00e0 le fruit d\u2019une pens\u00e9e corrompue : <em>\u00ab Je fais venir sur ce peuple le mal, fruit de leurs pens\u00e9es \u00bb <\/em>(Jr 6.19). La guerre est pens\u00e9e avant d\u2019\u00eatre tir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce mal n\u2019est pas tomb\u00e9 du ciel. Il vient d\u2019un choix : celui de sacrifier la justice pour conserver le pouvoir. \u00c9z\u00e9chiel le voyait d\u00e9j\u00e0 : un pays ravag\u00e9, des esp\u00e8ces disparues, un sol qui ne porte plus rien (Ez 22.29-31). Ce n\u2019est pas une m\u00e9taphore : c\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un monde rendu inhabitable par ceux qui devaient en prendre soin. La terre n\u2019est pas sainte par g\u00e9ographie : elle l\u2019est par l\u2019usage qu\u2019on en fait. La profaner, c\u2019est la rendre muette, incapable de nourrir, de relier, de transmettre.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette pollution est plus qu\u2019un d\u00e9sastre environnemental. Elle signe une faillite morale. Une rupture avec les fondements m\u00eames de l\u2019Alliance : justice, accueil, protection du faible. Elle dit l\u2019abandon d\u2019une responsabilit\u00e9 fondamentale \u2014 celle de rendre la terre habitable, pour l\u2019autre comme pour soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Et cette faillite n\u2019\u00e9pargne personne. Car dans un monde sans barri\u00e8res naturelles, les r\u00e9sidus ne s\u2019arr\u00eatent pas \u00e0 la ligne de front. Ils passent. Ils se dispersent. Ils p\u00e9n\u00e8trent les villes de l\u2019agresseur. La s\u00e9curit\u00e9 devient illusion. Habacuc l\u2019avait dit sans d\u00e9tour : <em>\u00ab Malheur \u00e0 celui qui b\u00e2tit une ville avec le sang\u2026 Les peuples travaillent pour le feu \u00bb<\/em> (Ha 2.12-13).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que les proph\u00e8tes annon\u00e7aient, c\u2019est ce que nous voyons : toute soci\u00e9t\u00e9 qui pr\u00e9tend se prot\u00e9ger par la force finit par creuser sa propre instabilit\u00e9. Une terre qui exclut ne peut \u00eatre un refuge. Une paix fond\u00e9e sur la peur n\u2019est pas la paix. M\u00eame celui qui croit frapper pour se d\u00e9fendre finit par s\u2019asphyxier. Amos le savait : <em>\u00ab Ils respirent la poussi\u00e8re des faibles \u00bb<\/em> (Am 2.6-7). Cette poussi\u00e8re n\u2019est pas seulement mati\u00e8re. Elle est jugement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui se joue ici n\u2019est pas une s\u00e9rie d\u2019atrocit\u00e9s. C\u2019est une alt\u00e9ration fondamentale du monde habit\u00e9. Une logique de destruction syst\u00e9matique. \u00c9sa\u00efe l\u2019avait vu venir : <em>\u00ab La terre a \u00e9t\u00e9 profan\u00e9e\u2026 la mal\u00e9diction la d\u00e9vore \u00bb<\/em> (\u00c9s 24:5-6). Ce n\u2019est pas un ch\u00e2timent. C\u2019est une cons\u00e9quence. Quand la justice s\u2019effondre, la terre suit.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"556\" src=\"https:\/\/sunalizo.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/gazabomb-1024x556.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-169\" srcset=\"https:\/\/sunalizo.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/gazabomb-1024x556.png 1024w, https:\/\/sunalizo.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/gazabomb-300x163.png 300w, https:\/\/sunalizo.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/gazabomb-768x417.png 768w, https:\/\/sunalizo.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/gazabomb-1536x834.png 1536w, https:\/\/sunalizo.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/gazabomb.png 1654w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>2&nbsp; La logique autodestructrice<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9r\u00e9mie empruntait les mots m\u00eames de la Gen\u00e8se pour d\u00e9signer l\u2019effondrement : <em>\u00ab J\u2019ai vu, et voici, la terre \u00e9tait informe et vide \u00bb (Jr 4.23)<\/em>. Ce n\u2019est pas une image religieuse : c\u2019est une alerte. Une soci\u00e9t\u00e9 qui choisit la domination affaiblit ses propres fondations. Car dans l\u2019ordre du vivant, du juste et du spirituel, rien n\u2019est s\u00e9par\u00e9. Briser une seule trame, et tout menace de c\u00e9der.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, la notion m\u00eame de victoire devient vide. La guerre ne tranche plus : elle empoisonne. Elle ne prot\u00e8ge rien, elle ouvre des br\u00e8ches. La pr\u00e9cision technique est un leurre. Une bombe, m\u00eame guid\u00e9e, tue indistinctement. Elle pulv\u00e9rise les corps, les liens, les terres, les cycles. Elle laisse derri\u00e8re elle des pathologies durables, visibles ou non.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9z\u00e9chiel d\u00e9non\u00e7ait cette illusion d\u2019une violence ma\u00eetris\u00e9e : \u00ab I<em>ls crient &lsquo;paix !&rsquo; l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a pas de paix, et ils enduisent de pl\u00e2tre les murs en ruine \u00bb<\/em> (Ez 13.10). Le pl\u00e2tre ne retient rien. Il cache. Et il c\u00e8de. Croire que la guerre peut \u00eatre propre ou strat\u00e9gique, c\u2019est ignorer qu\u2019elle consume toujours plus que ce qu\u2019elle vise.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame Josias, lou\u00e9 pour sa r\u00e9forme, tombe dans un conflit qu\u2019il pensait juste (2 R 23:29). L\u2019intention n\u2019a pas suffi. Car lorsqu\u2019on entre dans la logique de l\u2019affrontement, on ne gouverne plus. On s\u2019\u00e9gare. Les proph\u00e8tes l\u2019avaient dit : la guerre d\u00e9vore m\u00eame ceux qui croient la ma\u00eetriser.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors la question s\u2019impose : quel est le but r\u00e9el ? Si la guerre ne sauve pas de vies, n\u2019apaise pas les tensions, n\u2019installe pas la justice \u2014 \u00e0 quoi sert-elle ? Elle devient un rouage : celui du profit, de la peur, du pouvoir par la menace. Une m\u00e9canique qui alimente ceux qui vendent des armes et ceux qui r\u00e8gnent par l\u2019ins\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Amos le disait sans d\u00e9tour :<em> \u00ab Vous avez b\u00e2ti des maisons en pierre de taille, mais vous ne les habiterez pas \u00bb<\/em> (Am 5:11). Ce qui est \u00e9difi\u00e9 sur le sang ne dure pas. Mich\u00e9e le confirmait : <em>\u00ab Ils b\u00e2tissent Sion avec le sang, J\u00e9rusalem avec l\u2019injustice \u00bb <\/em>(Mi 3:10). Ce n\u2019est pas seulement la paix qu\u2019on trahit, mais l\u2019id\u00e9e m\u00eame de promesse. Une terre militaris\u00e9e ne peut \u00eatre dite \u00ab promise \u00bb. Elle perd son sens. Elle devient un lieu de chute.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui pr\u00e9tendent prot\u00e9ger finissent prisonniers de leur propre syst\u00e8me. Ce qui devait assurer la s\u00e9curit\u00e9 devient pi\u00e8ge, ce qui devait pr\u00e9server devient \u00e9touffement. Gouverner par la peur, c\u2019est d\u00e9sarmer la conscience. C\u2019est pr\u00e9parer un retour de flamme. Car toute frappe d\u00e9clenche des ondes : elles se propagent dans les airs, les m\u00e9moires, les soci\u00e9t\u00e9s. Les bombes ne respectent pas les fronti\u00e8res. La haine non plus. J\u00e9r\u00e9mie le r\u00e9sume :<em> \u00ab Ils ont sem\u00e9 du bl\u00e9, ils moissonneront des ronces \u00bb <\/em>(Jr 12:13).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, nommer les choses devient un acte vital. Quand une population enti\u00e8re est cibl\u00e9e dans ses lieux de vie, de soin, d\u2019\u00e9ducation, lorsque l\u2019eau, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, les secours sont coup\u00e9s \u2014 parler de g\u00e9nocide n\u2019est pas outrance, mais exactitude morale. \u00c9sa\u00efe le disait d\u00e9j\u00e0 : <em>\u00ab Cessez de faire le mal, apprenez \u00e0 faire le bien\u2026 redressez l\u2019opprim\u00e9 \u00bb<\/em> (Es 1.15-17).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais aujourd\u2019hui, dire cela, c\u2019est s\u2019exposer. La parole devient suspecte. Critiquer, c\u2019est risquer l\u2019exclusion, la sanction, le soup\u00e7on. Le d\u00e9bat se resserre. Le d\u00e9saccord devient trahison. Le langage, lui aussi, est d\u00e9form\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Et cela aussi, les proph\u00e8tes l\u2019avaient vu. \u00c9sa\u00efe avertissait : <em>\u00ab Malheur \u00e0 ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal \u00bb <\/em>(Es 5.20). Quand les rep\u00e8res sont invers\u00e9s, l\u2019\u00e9thique s\u2019effondre. Ce n\u2019est pas seulement la brutalit\u00e9 des actes qui d\u00e9truit, mais la fabrication du mensonge autour d\u2019eux. Quand les mots trahissent, la conscience s\u2019\u00e9teint.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3&nbsp; Quand la parole devient menace<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Refuser la guerre, aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas seulement dire non \u00e0 la violence. C\u2019est d\u00e9fier un syst\u00e8me. C\u2019est contester un langage, une logique, une peur organis\u00e9e. Et c\u2019est pourquoi ce refus d\u00e9range.<\/p>\n\n\n\n<p>Car dans ce climat, toute voix qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve devient cible. Non pas pour ses erreurs, mais pour sa lucidit\u00e9. Le proph\u00e8te J\u00e9r\u00e9mie l\u2019a v\u00e9cu : emprisonn\u00e9 non pour avoir menti, mais pour avoir nomm\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 venir. Ses accusateurs disaient : <em>\u00ab Cet homme ne cherche pas la paix pour ce peuple, mais le malheur \u00bb<\/em> (Jr 38.4). Le mensonge se pr\u00e9sentait alors comme patriotisme. La v\u00e9rit\u00e9, comme trahison.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce d\u00e9placement n\u2019est pas seulement politique. Il touche \u00e0 la conscience. Il d\u00e9truit la libert\u00e9 int\u00e9rieure. Penser hors du discours dominant devient une faute. Douter, questionner, critiquer : autant de risques. Ce n\u2019est plus l\u2019action qui est jug\u00e9e, c\u2019est la parole. C\u2019est la capacit\u00e9 \u00e0 discerner. Et cela, les r\u00e9gimes instables ne le tol\u00e8rent pas.<\/p>\n\n\n\n<p>On assiste alors \u00e0 une inversion perverse : ceux qui d\u00e9fendent les droits humains sont accus\u00e9s de trahir l\u2019ordre. Ceux qui protestent contre l\u2019injustice sont soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019encourager le chaos. Dans certains pays, nommer un crime devient en soi un crime. \u00c9tudiants sanctionn\u00e9s, enseignants suspendus, intellectuels r\u00e9duits au silence. L\u2019indignation devient suspecte. Le d\u00e9bat se ferme.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9rive n\u2019est pas neuve. Amos l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 cri\u00e9 : <em>\u00ab Ils ha\u00efssent celui qui reprend \u00e0 la porte, ils ont en horreur celui qui parle avec int\u00e9grit\u00e9 \u00bb (<\/em>Am 5.10). Le pouvoir ne craint pas la violence. Il craint la voix qui la d\u00e9voile. Car cette voix, si elle n\u2019est pas bris\u00e9e, peut fissurer toute la structure du mensonge.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 pourquoi les paroles proph\u00e9tiques sont \u00e9touff\u00e9es. Non pas parce qu\u2019elles sont fausses, mais parce qu\u2019elles sont pr\u00e9cises. Parce qu\u2019elles r\u00e9veillent. Parce qu\u2019elles troublent.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais une parole juste, une fois sem\u00e9e, ne meurt pas. Elle germe ailleurs. Elle survit aux censures. Elle \u00e9chappe au contr\u00f4le. Ce n\u2019est pas la parole qui est fragile, c\u2019est le syst\u00e8me qui cherche \u00e0 la faire taire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"549\" src=\"https:\/\/sunalizo.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Capture-decran-2025-05-01-a-09.49.13-1024x549.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-176\" srcset=\"https:\/\/sunalizo.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Capture-decran-2025-05-01-a-09.49.13-1024x549.png 1024w, https:\/\/sunalizo.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Capture-decran-2025-05-01-a-09.49.13-300x161.png 300w, https:\/\/sunalizo.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Capture-decran-2025-05-01-a-09.49.13-768x412.png 768w, https:\/\/sunalizo.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Capture-decran-2025-05-01-a-09.49.13.png 1448w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>4&nbsp; Le jugement d\u2019une \u00e9poque<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui se joue ici d\u00e9passe les limites d\u2019un territoire. Ce qui se d\u00e9roule sous nos yeux n\u2019est pas une crise r\u00e9gionale. C\u2019est une faille dans l\u2019ordre moral du monde. Une ligne rouge franchie. Visible. Inconfortable. Et trop souvent ignor\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Les proph\u00e8tes ont averti : quand on refuse de voir la fracture, ce n\u2019est pas seulement l\u2019autre qu\u2019on laisse tomber. C\u2019est soi-m\u00eame qu\u2019on expose \u00e0 la perte. L\u2019histoire d\u2019Isra\u00ebl le montre avec clart\u00e9. Ce n\u2019est pas la force de l\u2019ennemi qui a provoqu\u00e9 sa chute, mais son propre aveuglement. Son refus d\u2019entendre. Son incapacit\u00e9 \u00e0 revenir \u00e0 la justice. J\u00e9r\u00e9mie le dit sans d\u00e9tour : <em>\u00ab Tu t\u2019es livr\u00e9 \u00e0 l\u2019iniquit\u00e9\u2026 c\u2019est pourquoi ton pays sera un objet de d\u00e9solation \u00bb<\/em> (Jr 2.19-20). Et Os\u00e9e ajoute : \u00ab Mon peuple est d\u00e9truit parce qu\u2019il lui manque la connaissance \u00bb (Os 4.6). Non la strat\u00e9gie, mais le sens. Non le pouvoir, mais la conscience.<\/p>\n\n\n\n<p>Refuser la guerre, c\u2019est refuser une logique : celle de la domination, de l\u2019effacement, de l\u2019inhumanit\u00e9. M\u00eame en silence, m\u00eame \u00e0 distance, on participe \u00e0 cette logique quand on s\u2019abstient de nommer ce qu\u2019elle fait. Et cette complicit\u00e9 n\u2019est pas neutre. Elle devient faille. Une br\u00e8che par laquelle s\u2019infiltre le vide. Car un \u00c9tat qui fait de la guerre son langage ordinaire finit par s\u2019\u00e9roder de l\u2019int\u00e9rieur. Il perd ce qui fonde son autorit\u00e9 : la capacit\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger, \u00e0 \u00e9duquer, \u00e0 soigner, \u00e0 rendre justice.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9sa\u00efe l\u2019avait vu : <em>\u00ab Votre pays est d\u00e9vast\u00e9, vos villes sont consum\u00e9es par le feu ; des \u00e9trangers d\u00e9vorent votre sol sous vos yeux \u00bb<\/em> (Es 1.7). Il ne parle pas ici d\u2019invasion, mais d\u2019abandon. Le pays ne tombe pas sous les coups des autres. Il se vide, faute d\u2019avoir gard\u00e9 sa vocation.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aujourd\u2019hui que tout cela se joue. Pas seulement pour un peuple sous les bombes, mais pour l\u2019id\u00e9e m\u00eame de civilisation. Car quand la guerre devient normale, c\u2019est l\u2019humain qui devient secondaire. Et souvent, la chute commence l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on se croyait invuln\u00e9rable.<\/p>\n\n\n\n<p>Isra\u00ebl, autrefois, croyait son temple intouchable. J\u00e9r\u00e9mie avertissait : <em>\u00ab Ne vous fiez pas \u00e0 des paroles mensong\u00e8res, en disant : \u201cC\u2019est ici le temple de YHWH !\u201d \u00bb<\/em> (Jr 7:4). Ce n\u2019est ni la religion, ni l\u2019histoire, ni la force qui prot\u00e8gent. C\u2019est la justice. C\u2019est la mis\u00e9ricorde. C\u2019est la reconnaissance de l\u2019humain dans l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque frappe, chaque silence, chaque enfant effac\u00e9, chaque protestation \u00e9touff\u00e9e devient un verdict. Non contre un seul camp. Contre une \u00e9poque. L\u2019histoire n\u2019absoudra pas ceux qui se sont tus. Elle n\u2019excusera pas ceux qui ont d\u00e9tourn\u00e9 le regard, alors que la voix des proph\u00e8tes disait encore : la paix ne tient pas sans v\u00e9rit\u00e9, et l\u2019avenir ne tient pas sans justice.<\/p>\n\n\n\n<p>Les anciens l\u2019avaient compris : il n\u2019y avait pas d\u2019avenir dans la guerre, m\u00eame pour Isra\u00ebl. Et aujourd\u2019hui encore, il n\u2019y en a pour aucun peuple. Sans aucune exception.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pasteur Jean-Paul Nunez<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>30 avril 2025 (50eme anniversaire fin de la guerre du VietNam)<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1&nbsp; Une guerre qui d\u00e9passe les fronti\u00e8res Le conflit en cours \u00e0 Gaza r\u00e9v\u00e8le une v\u00e9rit\u00e9 brutale : la guerre moderne n\u2019a plus de fronti\u00e8res. Elle exc\u00e8de le champ de bataille. Elle franchit les murs, infiltre les corps, dissout les \u00e9quilibres. Elle empoisonne l\u2019air, corrompt les sols, fracture les esprits. Ce ne sont plus seulement&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":167,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_kadence_starter_templates_imported_post":false,"_kad_post_transparent":"","_kad_post_title":"","_kad_post_layout":"","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"","_kad_post_vertical_padding":"","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[],"class_list":["post-164","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite-discernement-chretien"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sunalizo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/164","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sunalizo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sunalizo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sunalizo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sunalizo.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=164"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/sunalizo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/164\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":178,"href":"https:\/\/sunalizo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/164\/revisions\/178"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sunalizo.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/167"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sunalizo.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=164"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sunalizo.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=164"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sunalizo.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=164"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}